De l´amour en cursive

Février. Le seul mois qui compte parfois 28 jours, parfois 29. À l’image de bien des couples, on peut dire qu’avec février: “It’s complicated”.

Loin de moi l’idée de me vanter, mais je ne suis pas peu fière d’admettre que je vis une relation n’ayant jamais été compliquée. Je m’y accomplis depuis le début et nous évoluons tous deux sans complexe, se découvrant un peu plus chaque jour.

Le chum: Euh, c’est parce que c’était un peu compliqué au début, quand même.

Moi: Euh, c’est parce que je parle pas de nous, mon amour.

Non, je parle de l’écriture. Puisque les écrits restent, les témoins de cet amour sont légion dans mon bureau, ma bibliothèque, mes disques durs. Bon, mon chum fait dire que je n’ai pas de disque dur, que tous mes vieux laptops ramassent la poussière sous mon bureau. Bon okay: NOTRE bureau. En tout cas.

Ce qui est magnifique avec l’écriture, c’est que chaque création est une première fois. Comme la première fois où il vous a fallu cocher oui / cocher non en réponse à la question “Veux-tu sortir avec moi?”, gribouillée d’une main prépubère fébrile pendant un cours de feu FPS. On ne peut rien vous cacher: je suis une enfant des années 90.

Ma relation avec l’écriture commence la première journée de la 2e année du primaire. Tous les amis sont assis par terre et grattent timidement le tapis du bout des ongles. L’enseignante demande si nous avons des questions concernant la deuxième année.

Moi: Est-ce que c’est cette année qu’on apprend les chiffres romains?

Tout le monde rit de moi, l’enseignante itou. Pour me sauver la face, je renchéris avec quelque chose de plus cool.

Moi: Et à écrire en cursive?

Ouaip. Une chance qu’écrire, ça se fait tout seul, parce que les amitiés ont comme été longues à tisser suite à ça.

Tout de suite j’ai aimé l’acte même d’écrire, surtout la mouvance et la fluidité des lettres attachées. Je remplissais des cahiers et des cahiers de mots d’encre et de plomb. J’ai tout conservé, et c’est avec émotion que je repasse les doigts sur ma calligraphie enfantine. Pour ce blogue je relis ma toute première fiction; ma première histoire en anglais; mes premiers poèmes; mon premier récit en chapitres, titré “La livre perdue”, une enquête dont le protagoniste principal a perdu...du poids.

Cet amour précieux s’est développé. Ensemble, l’écriture et moi avons exploré le format de la nouvelle puis celui du blogue, et au plaisir d’écrire s’est allié celui d’être lue. Confier son texte au lecteur demande le même lâcher prise que faire garder son enfant. Comme l’horaire des siestes par les grands-parents, l’intention initiale ne sera jamais respectée à la lettre par la perception d’autrui, mais c’est grâce aux multiples interprétations qu’un texte parvient à s’inscrire dans l’imaginaire collectif, de la même façon que l’enfant apprend à faire sa place ou le couple à faire confiance. 

C’est pas facile, mais comme toute relation, ça se travaille. “It’s complicated”, diront certains.

Au plaisir,

MSBe



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