À l’impossible nul n’est tenu

Bien que plusieurs émergent enfin de ce long tunnel qu’a été le Grand Confinement, nous avons été plusieurs, au cours des dernières semaines, à tenter l’impossible en abattant toutes sortes de tâches. J’avoue surtout faire référence à cette pointe de la tarte sociale qui s’est vue subitement concilier travail et famille de manière verticale et acrobatique.

Moi: J’ai pas le temps de faire quoi que ce soit. La Boulette demande une surveillance constante, je passe clairement pas assez de temps avec Bouli, j’ai un meeting que je dois caler pendant une sieste cet après-midi pis il faudrait vraiment que je fasse la salle de bain, y’a pratiquement des nénuphares dans la cuvette.

Le chum: Lâche prise, c’est pas grave le lavage et le ménage.

Moi: C’est vrai, au fond. Okay. Je vais essayer.

Le chum: Mais les draps, quand ils sortent du séchage, faudrait vraiment les plier sinon ça devient tout fripé.

Moi: ... Le chum: Pis Bouli doit vraiment rendre son devoir d’anglais pour vendredi.

J’exagère un peu (dit-elle, pour ne pas vexer le chum), mais je pense que plusieurs ont observé les différentes sphères de leur vie se fondre les unes dans les autres en une grosse pelote de laine mouillée qu’il aurait fallu, idéalement, démêler pour en tricoter ensuite une espèce d’écharpe Instagram-worthy fonctionnelle du quotidien d’autrefois. Et ça, c’est impossible.

Et il faut lâcher prise. Ce n’est pas impossible, mais c’est plus difficile qu’il n’y paraît.

Pour ma part, ce que je ne suis pas en mesure de faire, j’essaye d’accepter de ne pas le faire, point, sans quoi je m’évertue à remplir mes journées de ces fragments d’impossible qui s’empilent en grinçant les uns contre les autres, comme des raisins très propres (bio et coupés en quatre parce que tsé, DME oblige) dans un contenant trop petit (mais récupérable parce que tsé, le cri du coeur de la planète, je l’ai entendu). 

On ne peut revenir à notre fonctionnement d’avant. Il faut lâcher prise.

Pis juste...faire autre chose.

À l’impossible nul n’est tenu, dit l’adage. Alors accomplissons ce que nous savons être en mesure d’accomplir. Certains projets seront peut-être mis en plan le temps que d’autres, certes plus petits mais plus réalistes dans les circonstances, voient le jour.

C’est vrai que les nénuphares dans la cuvette ne passeront pas à l’histoire, mais ces petites dates de balcon que le chum et moi avons instaurées à la fin de nos journées respectives en remplacement de nos habituelles séances télévisées, elles, nous permettent de consolider du souvenir positif. Je ne descends pas la to do list, mais je restaure mon espace mental en compagnie de l’homme que j’aime, qui lui, aime les draps pas fripés. En tout cas.

Dans un tout autre ordre d’idée, la Boulette a passé le cap de son premier anniversaire de naissance à la fin du mois de juin. Parce que la vie fait bien les choses, elle a reçu juste à temps pour l’occasion ses deux peluches confectionnées par Latibulle. Je jure que ce moment demeurera gravé dans ma mémoire. Sa réaction de pur bonheur, de joie en confettis lorsqu’elle les a vues, n’a d’égal que son enthousiasme à la rencontre d’un gros chien, pis ça, c’est le Mont Albert de l’enthousiasme pour la Boulette. Inutile de dire que j’ai moi-même été submergée par l’émotion à la découverte de ces matériaux du passé tissés serrés les uns contre les autres en un nouveau présent. 

Ce soir-là, même si la vaisselle croupissait dans l’évier, que des cupcakes séchaient sur le comptoir parsemé de miettes de brocoli et que l’English était to be continued, on s’est couchés dans nos draps pas full frais, pis le chum et moi on s’est dit qu’on était vraiment, vraiment fiers de notre vie.

Ce sera la petite réussite de notre Grand Confinement.


Au plaisir,

MSBe 



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